Qu’est ce que le haïku ?

Le haïku est un court poème, né au Japon à la fin du 17° siècle. En Occident, il s’écrit
principalement sur trois lignes selon le rythme court / long / court : 5 / 7 / 5 syllabes
dans sa forme classique.

Les poètes contemporains peuvent écrire des haïkus sous des formes beaucoup plus
brèves encore et même bousculer le rythme.

Le haïku comporte un kigo (mot de saison) qui le lie à la réalité. Un kireji (césure), parfois représentée par un tiret ou ~, marque un silence pendant la lecture, soulignant la tension entre une ligne et le reste du poème. Il présente deux idées (images) juxtaposées.

Il est par excellence la capture de l’instant présent dans ce qu’il a de singulier et d’éphémère, en ce monde où se côtoient permanence et impermanence. Il est peinture de « l’ici et maintenant », de l’ordinaire saisi avec une extrême simplicité afin de restituer toute la poésie de l’émotion offerte aux sens.

Le haïku favorise le lien social, l’écoute et le dialogue. Il véhicule un esprit pacifique et
bienveillant.

Par Danièle Duteil et Jean Antonini

Un petit poème à 5-7-5 syllabes

Dans sa forme fixe, ce poème court est constitué de trois éléments, représentés dans les langues non japonaises par 3 lignes : 1ère ligne (5 syllabes), 2ème ligne (7 syllabes), 3ème ligne (5 syllabes) soit un total de 17 syllabes. En traduction, le nombre de syllabes 5-7-5 ne peut pas toujours être respecté. Cependant, il peut l’être dans la création en français. Cette forme est relativement simple. Elle s’appuie sur le chiffre trois (la trinité), un symbole fort dans de nombreuses cultures.

Par Jean Antonini

Kigo (mot de saison)

Une des caractéristiques du poème court est la présence d’un mot de saison, kigo en japonais. Ce mot pour la fin d’automne pourrait être : brouillard, feuille morte, gelée matinale, ou même plus citadin : décorations de Noël, étalages garnis, fruits hors-saison. Il existe au Japon des almanachs de mots de saison, saïjiki, enrichis peu à peu, qui décrivent les comportements de la nature au cours de l’année.

Pour la fin d’automne : champignons, chrysanthème, feuilles tombées, pluie d’automne. Quel est l’intérêt de ce mot de saison ? Il oblige le poète à être attentif au monde qui l’entoure et il lie le poème à la réalité.

Le grand jour blanc
me dénude l’âme ―
feuilles mortes

Watanabe Suiha (1882-1946)

Je cueille des champignons ―
ma voix
devient le vent

Masaoka Shiki (1867-1902)

Pas un mot ―
l’hôte l’invité
le chrysanthème blanc

Oshima Ryôta (1718-1787)

Quel est l’intérêt de ce mot de saison ? Il oblige le poète à être attentif au monde qui l’entoure et il lie le poème à la réalité. Le haïku étant bref et pouvant se composer facilement dans la tête, sa pratique au long d’une journée constitue une sorte de méditation active. En traversant sa vie avec une attention à la moindre chose qu’il rencontre, le poète réalise une sorte de fusion de son corps, de son esprit et du monde, une concentration ouverte qui l’enrichit, non seulement par la création de poèmes, mais aussi par l’unité de soi-même et du monde qui se développe peu à peu.

Par Jean Antonini

Kireji (césure)

Un haïku contient deux idées (images) juxtaposées. Un kireji (ce qui signifie littéralement, « mot qui coupe ») fort permet de créer un effet de surprise en déplaçant la perspective, en attirant l’attention sur un autre objet et souvent en élargissant. Le kireji, c’est un écart, un pas de côté destiné à déstabiliser le lecteur et donner plus de profondeur au haïku ; il reste à trouver la juste distance entre les deux plans, ni trop, ni trop peu.

Il représente une césure, laquelle vient du japonais « kiré » qui veut dire coupure, laquelle
vient du verbe « kiru » signifiant « couper ». Il marque une « coupure » dans le temps, une suspension, une respiration. En français, il est représenté par un tiret à la fin de l’un des deux premiers vers du haïku.

Mais le kireji, dans un haïku japonais, peut être aussi aussi une intonation voulue, une
exclamation, une interrogation au hajin lui-même. Il y a plusieurs kireji, dans ce sens. Les principaux kireji dans le haïku sont ya, kana, keri. Ces mots n’ont pas de sens, ils distinguent seulement l’expression qui les précède. Prenons comme exemple le haïku très connu de Bashô :

«furuike ya kawazu tobikomu misu no oto»

Bashô

Le kireji ya distingue ici l’expression : furuike, qui signifie « vieil étang ou vieille
mare ». Il lui confère une emphase particulière qui en fait davantage qu’un vieil étang,
comme un objet poétique plus général. Pour un poète japonais, ce furuike ya peut
évoquer l’immobilité même qui accompagne le temps, dans laquelle survient soudain
un événement : kawazu tobikomu – une grenouille plonge.

Le kireji peut donc apporter dans un haïku une coloration métaphorique. Il est
souvent traduit en français par un tiret ou l’usage d’une majuscule (sans point
précédent). Voyons ce haïku de la poète japonaise Niji Fuyuno, décédée en 2002.

« shiraume ya toshokan ni kizetsu shite iru »

Ah, fleur blanche de prunier !
on s’évanouit
dans la bibliothèque

Niji Fuyuno

Le kireji ya distingue l’expression shiraume – fleur blanche de prunier. Ici, il a été
traduit par « Ah » et un point d’exclamation. On voit bien son rôle de césure : ya
sépare et relie « la fleur » et l’évanouissement ». Il marque donc une césure entre
deux éléments lexicaux de sens différents. Le kireji est souvent un lien entre deux
images différentes. Dans ce poème, le lien peut sembler logique : les fleurs blanches
du prunier sont si belles qu’elles provoquent l’évanouissement dans la bibliothèque.
Dans d’autres haïkus, la césure peut sembler plus énigmatique encore.

Muraille de Chine ―
Ouvrant sa chemise blanche,
elle donne le sein

Yûko Onda

Dans ce poème de la poète Yûko Onda, le kireji ya, ici traduit en français par un tiret,
indique qu’on ne doit pas voir dans le poème une femme qui va nourrir son enfant
sur la muraille de Chine, mais une césure entre deux images : la muraille et le sein. Ce
rapprochement semble a priori étrange. C’est l’étrangeté que provoque une césure
entre une muraille très ancienne, massive, immense et la fragilité d’un sein qui va
nourrir un bébé. Et pourtant, nourrir un enfant, c’est allonger la chaîne humaine qui
traverse le temps, comme la muraille de Chine. D’où la force poétique des ces deux
images rassemblées.

Cette rencontre de deux images étrangères fut aussi une des marques de la poésie
surréaliste. Les poètes surréalistes français évoquaient pour l’image surréaliste la
rencontre sur une table chirurgicale d’un parapluie et d’une machine à coudre. La
proximité entre le kireji séparant-reliant deux images étrangères et l’image surréaliste
a donné à cette dernière une influence importante dans la poésie japonaise. Par
exemple dans les trois poèmes suivants, respectivement des poètes Niji Fuyuno,
Dakotu Iida etTae Kakimoto (tirés de Haïku sans frontières, éditions David)

« awayuki ya hohoeme ba sugu no no usagi »

Neige légère ―
Si je souriais
je me changerais aussitôt en lapin de garenne

Niji Fuyuno

« shunran no hana torisutsuru kumo no naka »

Je cueille des fleurs d’orchis au printemps
Et les jette
dans les nuages

Dakotu Iida

« shitsu kana tashikani aoki negi-batake »

Mal de dents ―
Évidemment les poireaux sont verts
dans le champ

Tae Kakimoto

Par Jean Antonini, Danièle Duteil et Philippe Bréham.

Chroniques haïku

Emission « La route inconnue »

« La route inconnue » est une émission animée par Christophe Jubien sur Radio Grand Ciel dédiée à la poésie contemporaine. Dans le cadre de ce magazine radiophonique, il invite Jean Antonini à parler du haïku. Cliquez sur chaque lien pour écouter le fichier MP3 de l’émission correspondante.

Émission « La pierre à encre »

Une autre émission de Christophe Jubien sur Radio Grand Ciel, « La pierre à encre » parle du haïku. Voici les émissions où Jean Antonini a présenté différents sujets autour de ce petit poème :

Vidéos sur le haïku